Ingénierie patrimoniale du chef d'entreprise · Henry Royal

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Donations de titres :
formes, clauses, donation-partage

Ce chapitre couvre les formes de donations applicables aux titres de société : don manuel d'actions, donation notariée de parts, donation en nue-propriété, donation graduelle, résiduelle, donation-partage et donation-partage transgénérationnelle. Chaque forme répond à des objectifs civils et fiscaux distincts.

1. Donner à un enfant mineur

Le mineur peut être associé sans l'accord du juge

L'enfant mineur peut être associé d'une société civile (même à responsabilité illimitée) sans autorisation du juge aux affaires familiales — Cass. civ. 1, 14 juin 2000. La société civile dont un associé est mineur peut contracter un emprunt sans accord du juge (c'est la société qui emprunte, pas l'enfant). Exceptions : le mineur ne peut pas être associé d'une société conférant la qualité de commerçant (SNC, commandité de SCS ou SCA).

Actions — accord du juge pour les actes importants. Si la donation porte sur des actions, le juge aux affaires familiales doit autoriser les actes importants (vente, apport). Exception : le donateur peut écarter dans l'acte de donation le régime de l'administration légale et se nommer administrateur (C. civ. 384) — ce qui lui permet de gérer les titres pour le compte du mineur.

2. Formes de donations — comparaison

Donation notariéeDon manuel d'actions
Parts socialesOui — obligatoireImpossible — Cass. com., 11 févr. 2026
ActionsPossiblePossible — Cass. com., 27 oct. 1993
PreuveCertaineCertaine si pacte adjoint enregistré
Enfant mineur — acceptationPar l'autre parent (obligatoire)Pas obligatoire dans certains cas
Paiement DMTGChez le notaireAprès révélation — option pour paiement au décès du donateur
FraisTarifésLibres — pacte adjoint possible
Donation-partageImposéePossible (via pacte adjoint)

3. Pacte adjoint — clauses essentielles

Clauses à insérer dans l'acte de donation ou le pacte adjoint

Imputation sur la réserve ou sur la quotité disponible
Maintien ou exclusion du rapport civil (rapport à la succession = égalisation entre héritiers)
Charges — inaliénabilité (interdiction de céder les titres pendant la vie du donateur)
Obligation d'emploi — obligation d'apporter les biens donnés à une société désignée
Réserve d'usufruit · usufruit successif · convention de quasi-usufruit (à conclure dans l'acte)
Droit de retour conventionnel (retour des biens au donateur si le donataire décède avant lui)
Exclusion de la communauté du donataire (les biens donnés restent propres, même en régime de communauté)
Exclusion de l'administration légale (enfant mineur) — le donateur se nomme administrateur
Engagement de conservation Dutreil — CGI 787 B
Prise en charge des droits par le donateur · option pour le paiement au décès du donateur

4. Donation en nue-propriété — avantages et inconvénients

Avantages

  • Droits calculés sur la NP seulement (CGI 669)
  • Réunion de l'usufruit à la NP au décès du donateur : aucun droit (CGI 1133)
  • Possible en donation-partage
  • Donateur conserve les revenus (usufruit)

Inconvénients

  • Dutreil : pouvoirs limités à l'affectation des bénéfices (CGI 787 B h)
  • Droits au dividende : incertitude usufruitier / nu-propriétaire
  • IFI : usufruitier imposé sur la PP
  • Fiscalité parfois plus élevée qu'une donation PP avant 70 ans

5. Donation graduelle et résiduelle

Donation graduelle (C. civ. 1048)

Le 1er gratifié doit conserver le bien et le transmettre au 2nd gratifié à son décès. Objectif : conserver un actif dans la famille (ex. parts de société familiale). Utile si l'enfant repreneur a un enfant fragilisé.

Donation résiduelle (C. civ. 1056)

Le 1er gratifié peut disposer du bien de son vivant. Il doit transmettre ce qui reste au 2nd gratifié à son décès. Plus souple que la graduelle — adapté pour transmettre un portefeuille ou des valeurs mobilières.

Fiscalité — CGI 791 bis
1ère transmission : droits selon le lien disposant / 1er gratifié.
2ème transmission (décès du 1er gratifié) : droits selon le lien disposant / 2nd gratifié (ligne directe si petit-fils, pas collatérale). Les droits payés lors de la 1ère transmission sont déduits. Pas de restitution en cas de moins-value.

6. Donation-partage — avantages et inconvénients

C. civ. 1075 à 1078-10

Avantages

  • Réunion fictive valeur au jour de l'acte (pas au jour du décès) — protège contre la hausse de valeur de l'entreprise
  • Non rapportable à la succession
  • Absence d'indivision sur les biens donnés
  • Peut être inégalitaire
  • Peut incorporer des donations antérieures

Inconvénients

  • Non rapportable → perte de levier sur les enfants
  • Valeur figée réduit la quotité disponible au profit du conjoint
  • Soulte : réévaluation possible si valeur varie de plus de 25 % (C. civ. 1075-4)
  • Perçue comme injuste par l'enfant non repreneur ou par l'enfant repreneur

Donation-partage transgénérationnelle — C. civ. 1078-4

Permet de transmettre à des descendants de degrés différents (enfants et petits-enfants) dans le même acte. Avantage civil : les droits du 2nd gratifié sont calculés selon le lien avec le disposant (ligne directe grand-père/petit-fils — abattement 31 865 €, tarif ligne directe) — et non selon le lien avec le 1er gratifié (oncle/neveu — abattement 7 967 €, taux 55 %). Condition : accord des trois générations dans l'acte.

Attention — pas de cumul des abattements. CGI 784 B : dans une donation-partage transgénérationnelle, la représentation n'est pas prise en compte — il est impossible de cumuler l'abattement de 100 000 € (enfant vivant représenté) et celui de 31 865 € (petit-enfant). Chaque donataire bénéficie de son propre abattement selon son lien avec le disposant.

Questions fréquentes

Je veux donner des actions de ma SAS à mes enfants. Faut-il un notaire ?
Non pour les actions — le don manuel d'actions est possible (Cass. com., 27 oct. 1993). Il est recommandé d'établir un pacte adjoint enregistré pour fixer les conditions (droit de retour, exclusion de communauté, charge de conservation, engagement Dutreil). En revanche, la donation de parts sociales de SARL ou de société civile exige impérativement un acte notarié — le don manuel de parts est impossible (Cass. com., 11 févr. 2026).
Vaut-il mieux une donation simple ou une donation-partage pour transmettre mon entreprise à l'enfant repreneur ?
La donation-partage présente l'avantage de figer la valeur à la date de l'acte pour le calcul de la réserve — la plus-value ultérieure de l'entreprise ne pèsera pas sur les autres héritiers. En revanche, elle n'est pas rapportable et vous prive d'un levier d'influence. La donation simple avec exclusion du rapport permet plus de flexibilité. Dans les deux cas, avec un pacte Dutreil, la base taxable est réduite à 25 % de la valeur.
Je veux que mon entreprise reste dans la famille. Quelle donation permet d'imposer cela ?
La donation graduelle (C. civ. 1048) impose au 1er gratifié de conserver le bien et de le transmettre au 2nd gratifié désigné à son décès. Elle est adaptée pour conserver l'entreprise dans la lignée lorsque l'enfant repreneur a un enfant fragilisé. La clause d'inaliénabilité dans le pacte adjoint renforce l'obligation — elle interdit au donataire de céder les titres pendant la vie du donateur.